résumés des articles

Le français moderne n°1 - 2017

 Françoise MOUGEON et Raymond MOUGEON, Accord verbal de nombre dans le français parlé en Ontario

Résumé :Cette étude porte sur l’accord verbal de nombre (AVN) avec des sujets nominaux morphologiquement et sémantiquement pluriels et des sujets nominaux morphologiquement singuliers mais sémantiquement pluriels référant à des êtres humains, ces deux types de sujets n’ayant pas été étudiés conjointement jusqu’à présent. Notre étude repose sur un corpus de français parlé recueilli parmi des adolescents francophones de l’Ontario, province canadienne où l’anglais est langue majoritaire. Nos informateurs font donc un usage quotidien de l’anglais et du français. Ceci nous permet d’aborder la question de l’impact de la fréquence d’usage de la langue sur la préservation de la morphologie verbale plurielle et sur la conservation des traits du vernaculaire. L’examen des contraintes internes et externes de l’AVN montre qu’il existe des points communs et des divergences entre les deux catégories de noms sujets. Mots-clés : accord verbal de nombre, sujets collectifs, sujets pluriels, français ontarien, variation morphologique

Abstract :The present study focusses on subject-verb agreement where the subject is either i) morphologically and semantically plural or ii) morphologically singular but semantically plural and refers to human beings—two types of subjects which, to date, have never been examined jointly. Our study is based on a corpus of spoken French collected among Franco-Ontarian adolescents. In Ontario, English is a majority language and consequently our informants use English and French in everyday life. This makes it possible to examine the impact of variable frequency of use of French on the preservation of plural French verbal morphology and of features of vernacular French. Analysis of the linguistic and extra-linguistic constraints on verbal agreement reveals that there are similarities and differences between these two categories of nominal subjects. Keywords : agreement in verb number, plural noun subjects, collective noun subjects, Ontario French, morphological variation.

 Damien GAUCHER, Une approche variationniste de l’accord : les participes passés en français parlé.

Résumé : Cet article propose d'aborder le phénomène de variabilité de l'accord du participe passé en français parlé, sous l'approche de la sociolinguistique variationniste. La présence de l'accord dans les productions des francophones (les photos que j'ai prises) ou son absence (les photos que j'ai pris) semble en effet corrélée avec divers facteurs relevant du domaine syntaxique (position du participe dans le syntagme, construction syntaxique employée) ou social (âge du locuteur, niveau d'éducation, exigences linguistiques de la profession). Ces corrélations sont mises en lumière à travers l'observation de très grands corpus existants de français parlé, réalisés sur la base d'entretiens non-préparés. Mots-clés : accord, participe passé, sociolinguistique, variation, français parlé

Abstract : This article introduces variability in the production of Past Participle Agreement in contemporary spoken French, using a methodology adapted from variationist sociolinguistics. The production of PPA (in les photos que j'ai prises) or its non-production (in les photos que j'ai pris) is analysed through occurrences collected from a composite and large corpus of transcribed data from spontaneous interviews. PPA is shown to correlate with various factors, either linguistic (position of the participle in the verbal phrase, type of pronoun structure used) or social (speaker’s age and level of education, and requisites from the speaker’s occupation). Keywords : past participle, agreement, sociolinguistics, variation, spoken French.

Christian SURCOUF, « C’est la question /okεl/ on est confronté » : une analyse des erreurs d’accord des relatifs composés à l’oral

Résumé : En théorie, les relatifs composés /l…kɛl/ ont les mêmes formes que les pronoms interrogatifs, et s’accordent en genre et en nombre avec leur antécédent. Cependant comme l’avaient remarqué Blanche-Benveniste & Jeanjean (1987, 99), les erreurs d’accord sont loin d’être rares. Dans notre article, fondé sur un corpus de 150 erreurs collectées essentiellement parmi des interventions d’intellectuels lors d’émissions de France Culture, nous montrerons sur une base quantitative que parmi les trois possibilités – /ləkɛl/, /lakɛl/, /lekɛl/ – donnant lieu à huit configurations d’erreurs possibles en fonction du genre et du nombre de l’antécédent, c’est /ləkɛl/ qui, conformément à la remarque de Grevisse & Goosse (2008, 912), fait office d’attracteur. Fort de ce constat, nous examinons quelques-unes des raisons susceptibles d’établir le masculin singulier /ləkɛl/ dans ce rôle d’attracteur. Mots-clés : pronom relatif composé, erreur d’accord, antécédent, attracteur, neutre

Abstract : Theoretically, French relative pronouns /ləkɛl/, /lakɛl/, /lekɛl/ behave like interrogative pronouns as far as agreement in number and gender with their antecedent is concerned. However as Blanche-Benveniste & Jeanjean (1987, 99) had already noticed, agreement mistakes are far from uncommon. In this article, based on a corpus of 150 mistakes collected mainly on the French public radio France Culture, I will show that among these three forms, giving rise to eight configurations of possible agreement mistakes with the antecedent, /ləkɛl/ ends up being the speakers’ primary choice in 78% of the mistakes. I then consider some of the possible reasons why /ləkɛl/, i.e. the masculine singular form acts as an attractor among these three potential forms. Key-words : French relative pronoun lequel, agreement, antecedent, mistake, neuter, attractor

 Bernard COMBETTES et Sophie PRÉVOST, Accords sujet/verbe et constructions syntaxiques : approche diachronique

Résumé : Le but de cette contribution est d'étudier, d'un point de vue diachronique, la relation qui s'établit entre la position du sujet et les phénomènes d'accord. En prenant en compte des textes d’ancien et surtout de moyen français, nous essayerons de montrer comment s'établit une dissymétrie, en ce qui concerne l'accord sujet – verbe, entre les schémas SVX et XVS, et comment cette dissymétrie change le statut de la zone postverbale. Pour cela, nous examinerons successivement trois types de constructions : les constructions impersonnelles, pronominales et passives, qui présentent un certain nombre de points communs. Nous nous attacherons ensuite au rôle que jouent, d’une manière générale, les caractéristiques sémantiques du groupe nominal sujet, afin de déterminer, tant en ce qui concerne le sujet que le verbe, le poids relatif des facteurs sémantiques et des facteurs syntaxiques observés, et leur interaction avec la syntactisation progressive de l’organisation discursive de la phrase. Mots clés : accord ; constructions impersonnelles et pronominales ; position du sujet ; détermination nominale ; français médiéval.

Abstract : In this article we aim to study the relationship between the subject position and agreement phenomena, from a diachronic point of view. Relying on texts of Old and mainly Middle French, we will try to highlight the emergence of a dissymmetry, as concerns subject-verb agreement, between SVX and XVS schemas, and how this modifies the status of the preverbal zone. We will examine three different constructions : impersonal, pronominal and passive constructions, which display certain common features. Then we will focus on the semantics of nominal subjects, in order to determine the respective influence of semantic and syntactic factors, as regards both subjects and verbs, and how they interfere with the ongoing syntactization of the discourse organization in the sentence. Key words : agreement; impersonal and pronominal constructions ; subject position; nominal detemination ; Medieval French.

Jasmina TATAR ANĐELIĆ, Accord révélateur du statut syntaxique : constructions infinitives

Résumé : Nous examinons le rapport entre l'accord du participe passé dans le cadre des constructions infinitives régies par les verbes de perception et les verbes factitifs faire et laisser et le statut syntaxique de ces constructions. L'objectif de l'analyse proposée est de vérifier si les règles de l’accord peuvent servir d’indicateur du statut syntaxique des constructions infinitives. L’auteur tente de démontrer que l’accord du participe passé dans le cadre des constructions étudiées dépasse largement le domaine de l’orthographe, même s’il représente une pratique purement graphique et qu’il fait l’objet de règles assez claires. Un rappel des règles générales de l’accord du participe passé des verbes suivis de l’infinitif est accompagné de leur comparaison avec le statut constaté de chaque construction étudiée. Finalement, un test de la pratique langagière actuelle portant sur les locuteurs natifs, les enseignants et les étudiants du FLE permet d’évoquer quelques indices des futurs développements. Mots-clés : participe passé, accord, constructions infinitives françaises, verbes de perception, verbes causatifs

Abstract : This paper analyzes past participle agreement within infinitive constructions governed by the perception verbs: voir, regarder, entendre, écouter, sentir and causative verbs faire and laisser. This syntax and semantic analysis is aimed at checking whether the existing rules for the past participle agreement can serve as an indicator of syntax status of infinitive constructions. The paper shows that past participle agreement in the given infinitive constructions significantly exceeds the issue of orthographic knowledge, although this is exclusively a graphical phenomenon, defined with clear official rules. The author recalls general rules for the past participle agreement, compares them with the existing status of each construction and checks their use by testing native speakers, university professors and students of French as a foreign language.  Key words : past participle agreement, French infinitive constructions, perception verbs, causative verbs

Tabea IHSANE et Petra SLEEMAN, Quel(s) genre(s) pour les noms animés en français ?

Résumé : Cet article analyse des contextes avec des noms animés en français où genre grammatical et genre sémantique (sexe du référent) ne coïncident pas :

(1)   Le / La plus jeune de mes gentils enfants s’appelle Nina.

(2)  *Le / La plus jeune de ces grandes sentinelles est un homme de 21 ans.

Nous proposons que le genre grammatical des noms possibles en (1) ne soit pas spécifié et que le genre sémantique de ceux en (2) ne soit pas interprétable permettant ainsi au trait [+sém], par exemple, de ne pas forcément être interprété comme femelle. Mots clés : noms animés, genre grammatical, genre sémantique, absence d’accord, hiérarchie d’accord Abstract : This article analyses contexts with animate nouns in French where grammatical gender and semantic gender (sex of the referent) do not correspond:

(1)   Le / La plus jeune de mes gentils enfants s’appelle Nina.                             the.m / the.f more young of my  sweet.m.pl children. pl refl calls Nina

(2)  *Le / La plus jeune de ces grandes sentinelles est un homme de 21             the.m / the.f more young of these big.f.pl sentinels.f.pl is a man of 21 years

We propose that the grammatical gender of enfants in (1) is not specified and that the semantic gender of sentinelles in (2) is uninterpretable, allowing the feature [+fem], for instance, not to be necessarily interpreted as female. Key words : animate nouns, grammatical gender, semantic gender, gender mismatches, agreement hierarchy

Alain BERRENDONNER, Accords sujet-verbe : un modèle applicatif.

Résumé : On propose ici un modèle de l’accord NP sujet – VP basé sur trois idées principales : (i) Les accords sont conçus non comme des copiages de marques, mais comme des contraintes de cooccurrence de traits entre deux constituants, un opérateur et un opérande. (ii) Dans le VP, les éléments soumis à ces contraintes sont les désinences verbales, mais aussi les pronoms clitiques sujets, qui fonctionnent en fait comme des « affixes de syntagme ». D’où l’existence d’accords subjectaux portant sur les traits de genre et d’individuation. (iii) Les accords de syllepse résultent du retypage d’un opérateur, qui reçoit par coercition (coercion) les traits requis par son opérande. Mots-clés : Accord, Sujet, Pronom-clitique, Syllepse

Abstract : We propose here an agreement model DP subject – VP based on three main ideas : (i) Agreements are conceived not as duplicating marks, but as constraints of traits’ co-occurrences between two constituents: an operator and an operand. (ii) In the VP, the elements submitted to these constraints are inflectional endings, but also subject clitic pronouns, which function in fact as “group affixes”. Hence the existence of subject agreements dealing with gender and individuation features. (iii) Syllepsis agreements result from the retyping of an operator, which receives by coercion the features required by its operand. Key words : Agreement, Subject, Clitic-pronoun, Syllepsis

Jacques BRES et Emmanuelle LABEAU, De l’auxiliaire aspectuel venir à (+ infinitif)

Résumé : De l’auxiliaire aspectuel venir à (+ infinitif). Notre hypothèse est que venir à + inf. est un auxiliaire aspectuel, dont le sémantisme, pour ténu qu’il soit, ne se réduit pas à une variante stylistique élégante. Après avoir rappelé brièvement les analyses des travaux antérieurs, nous nous appuyons sur le sens de la construction verbale venir à dans laquelle le verbe venir et la préposition à ont pleinement un sens spatial ainsi que sur le lien avec le tour quand ce vint à, pour parvenir à la définition suivante : l’auxiliaire venir à sert à présenter l’actualisation du procès à l’infinitif au terme d’un déroulement temporel (présupposé) en enchaînement avec ce qui précède. Nous décrivons les différents effets de sens produits par l’interaction de ce que nous considérons comme la valeur en langue de la périphrase – l’enchaînement temporel – avec différents éléments cotextuels : l’aboutissement et l’accidentel.

Summary : About the aspectual auxiliary venir de (+ infinitive). We claim that venir de (+ infinitive) is an aspectual auxiliary, the meaning of which cannot be reduced to an elegant stylistic variant however subtle its semantics might be. After a brief overview of previous analyses, we start from the meaning of the verbal structure venir à - in which both the verb and the preposition maintain a full spatial meaning - as well as from the link with the turn quand ce vint à, to reach the following definition: the venir à auxiliary is used to present the actualisation of the infinitive at the end of a (presupposed) temporal progress in temporal sequence with what precedes. We then describe the different interpretations produced by the interaction of what we take as the fundamental meaning of the periphrasis, temporal sequence, with a range of contextual elements: the outcome and the accidental.

Le français moderne n° 2 - 2017

Marco FASCIOLO et Georges KLEIBER, Une « entrée en matière »

Résumé : Nous nous proposons d'abord de mettre en évidence les raisons qui expliquent pourquoi la matière n’a pas été traitée de front par les linguistes, alors qu'ils y recourent couramment dans l'analyse de plus d'un problème linguistique (distinction massif/comptable, opposition concret/abstrait, etc.). Nous séparerons ensuite la notion « scientifique » (physique et chimique) de matière de celle qui a cours dans le langage de tous les jours. Cette notion « langagière » de matière se laisse diviser elle-même en trois acceptions : « matière » en tant que notion sommitale qui ne classifie pas des entités, mais sépare les êtres selon la dimension concret/non-concret ; « matière » en tant que substance dont sont faits les ‘corps’, prototypiquement les objets fabriqués ; « matière » en tant que concept métalinguistique forgé par les linguistes. Ces différents sens de matière représentent, comme on le verra, les différentes portes d’entrée empruntées par les contributeurs de ce numéro pour aborder la question de la matière. Mots clés : matière, abstrait / concret, matériau, comptable / massif

Summary : Linguists rely on the notion of matter in the discussion of many problems (mass/count nouns, concrete/abstract, etc). This very notion, however, has never been directly examined. In the first part of our contribution, we propose to inquire into the reasons of this attitude. In the second part, we distinguish two notions of matter: a scientific (physical, chemical) one and a commonsense one (embedded in natural language). This latter, in turn, can be split into three meanings: “matter” as a ground idea which does not classify entities, but divides them according to the concrete/abstract dimension; “matter” as the substance constituting ‘bodies’, typically artifacts; “matter” as a meta-linguistic concept made up by linguists. These meanings are the different doorways trough which the contributions collected here approach the problem of matter. Key-words : matter, abstract/concrete, material, count/mass

Danièle VAN DE VELDE, L’instabilité des matières dans l’ontologie naturelle

Résumé : L’article montre que, dans l’ontologie naturelle, les matières sont conçues tantôt comme des propriétés tantôt comme des choses. Une comparaison entre noms de matières (Nmat) et noms de propriétés (Nprop), basée sur les règles concernant les déterminants des uns et des autres,  fait d’abord apparaître un seul point de divergence entre les deux types de noms : avec les Nprop, dès qu’un modifieur, quel qu’il soit, est présent, l’article partitif doit être remplacé par un. Cela prouve deux choses : que l’article un  est un actualisateur plus puissant que le partitif, et donc que les Nmat sont plus faciles à actualiser que les Nprop., ce qui semble tirer les matières plutôt du côté des choses. Mais le rapport entre les Nmat et leurs compléments, ou entre eux et les noms dont ils sont compléments, conduit à une conclusion différente : selon que les matières sont « à l’état libre » (l’eau), ou appartiennent à des objets naturels (le bois de l’arbre), ou sont la matière d’artefacts (le bois du lit), elles sont visées soit comme de véritables propriétés, soit comme des quasi-choses. Ces analyses permettent d’avancer en conclusion une hypothèse sur le sens qu’il faut donner à l’expression générique l’eau. Mots clés : matières, propriétés, objets, determinants, génitifs.

Abstract : The article shows that, in the natural ontology, substances (eau, bois) are viewed either as properties of objects, or as autonomous  entities, depending on their relation with objects. Comparing the use of determiners with mass nouns referring to substances and mass nouns referring to properties in French, we discover only one difference between them: as soon as a property noun is followed by a modifier, the substitution of the partitive article with the indefinite un becomes obligatory. This fact proves that the definite article is a more powerful “actualizer” than the partitive, and consequently that substances seem to be conceived as having more affinities with autonomous entities than with properties. However, this conclusion has to be reviewed in the light of the analysis of the relations between substances and objects (river, tree, bed). Indeed, the syntax of the complements of nouns referring to substances, as well as of the nouns that have  nouns referring to substances as their complements, shows that one must distinguish at least three cases corresponding to three modes of existing for substances: the case of free natural substances (water), the case of substances belonging to natural objects (the wood of a tree), and the case of substances from which artefacts are made up (the wood of the bed). Depending of whether they are free, or relative to a natural or to an artificial object, substances are conceived as properties of things, or as (quasi) autonomous things. Key words : substances, properties, objects, determiners, genitives.

Marco FASCIOLO, Entre matière et artefact : la notion de matériau

Résumé : En français, les « noms de matières » ont leur place dans les typologies nominales et ont fait l’objet d’ouvrages monographiques. Les « noms de matériaux », en revanche, sont moins étudiés et se confondent avec les précédents. Le but de cette contribution est double. D’une part, nous nous intéressons à l’ontologie naturelle des matériaux révélée par la langue. D’autre part, nous nous proposons d’offrir quelques pistes pour mieux cerner les « noms de matériaux ». Mots-clé : matériau, matériel, matière, massif, artefact

Summary : In French, “matter–nouns” have a place in nominal typologies and have been investigated by dedicated monographs. “Raw material nouns”, on the contrary, are less studied and are often confused with the former. This contribution has two goals. On the one hand, we are interested into the natural ontology of raw materials embedded in language. On the other hand, we would like to offer some hints in order to circumscribe a class of “raw material nouns”. Key-words: material, matter, mass nouns, artifact

Richard HUYGHE, Les verbes dérivés de noms de matière.

Résumé : Cet article est consacré aux verbes liés morphologiquement à des noms de matière, tels que beurrer, saigner, caraméliser, ensabler. Nous nous interrogeons sur l’élaboration sémantique de ces verbes (Vmat) à partir des noms de matière correspondants (Nmat). Nous revenons d’abord sur les critères d’identification des Nmat, et les définissons comme des noms d’objet massifs non collectifs, dénotant des entités spatiales homéomères et non délimitées intrinsèquement. Nous détaillons ensuite les différents procédés morphologiques en jeu dans la construction des Vmat (affixation et conversion), et proposons une ébauche de classification sémantique de ces verbes. Les procès décrits expriment principalement la dispersion, la production, la transformation ou l’immersion. Les Nmat peuvent intervenir dans la composition sémantique des Vmat en tant qu’éléments référentiels, remplissant un rôle thématique intégré, ou en tant qu’éléments prédicatifs, permettant de recatégoriser un argument du verbe. Mots-clés : nom, matière, verbe dénominal, conversion, affixation

Abstract : This paper deals with French verbs that are morphologically related to stuff-denoting nouns (e.g. beurrer ‘butter’, saigner ‘bleed’, caraméliser ‘caramelize’, ensabler ‘sand up’), and how these ‘stuff’ verbs (SVs) semantically derive from the corresponding nouns (SNs). The criteria for identifying SNs are first presented. SNs are defined as concrete non-collective mass nouns, i.e. nouns that denote homeomerous and non-intrinsically bounded spatial entities. The affixation and conversion system used to create SVs is then detailed, and a typology of SVs is proposed. It appears that the processes denoted by SVs mainly consist in spreading, producing, transforming or putting into. SNs can be part of the semantics of SVs as referential elements, in which case they correspond to an incorporated semantic role, or they can be predicative elements, and then recategorize an argument of the verb. Keywords : noun, stuff, denominal verb, conversion, affixation

Céline BENNINGER, Quand les noms quantifient la matière

Résumé : L’objectif est ici d’étudier les noms de matière sous l’angle de la quantification nominale, dans le cadre de syntagmes de la forme Dét-Nquantificateur-de-(Dét)-Nmatière comme un litre de lait, une pincée de sel, etc. Nous commencerons par réunir divers points de vue sur la notion de matière. Celui des physiciens et biologistes qui voient dans la constitution atomique et / ou moléculaire des matières l’origine de différents états. Celui des sémanticiens qui lui reconnaissent le statut de représentant le plus typique des entités dites massives. Ainsi, dépourvues tout à la fois d’un principe d’individuation et de structuration interne, les matières n’ont une forme que par contingence. Ces propriétés se retrouvent au niveau lexical : elles sont caractéristiques des noms de matières pour lesquels le créateur d’occurrence linguistique est l’article partitif (du sable, de la vapeur, etc.). Qu’en est-il lorsque la détermination des noms de matières est prise en charge par les substantifs dits quantificateurs ? Les modalités de la conjugaison des spécificités de ces deux types de noms sont loin d’être uniformes et nous nous proposons d’en définir quelques propriétés. Mots-clés : substantif quantificateur, noms de matière, ontologie, N de N, sémantique nominale

Abstract : The central construction of this study is the French quantifying binominal sequence when N2 is a noun of matter: un litre de lait, une pincée de sel, etc. After having gathered physicians and biologists points of view about the notion of matter, we will see what the semanticists’ opinion is. All kind of scientists show that matters, as massive entities, are unable to build by themselves individuals. That is why they are generally determined by partitive articles (de la terre, du sable, de la vapeur, etc.). The question is also to understand specificities of nominal quantification of matter nouns. As we know that the first constitute a heterogeneous class, it is impossible to imagine things operate on a single and unique way. So we will examine some associations between these two noun classes, differentiate the compatibilities from the incompatibilities, if semantic or pragmatic. By the way, we will show how important it is to oppose microstructural and macrostructural analysis. Keywords: nominal quantifier, nouns of matter, ontology, N de N, nominal semantics

David NICOLAS, Matière et mélanges

Résumé : Dans cet article, nous discutons plusieurs conceptions de la matière et des mélanges, et comment ces conceptions sont contraintes par la sémantique qu’on attribue aux noms massifs les désignant. L'approche singulariste traite les noms massifs comme des termes singuliers qui réfèrent à des sommes méréologiques (Link 1983). L'approche non-singulariste est fondée sur l'idée que les noms massifs ont la capacité de faire référence à plusieurs entités à la fois (Nicolas 2008). Dans la section 3, nous examinons les raisons que Barnett (2004) a de soutenir que les sommes méréologiques sont inadéquates pour capturer nos intuitions concernant l'identité des portions de mélange à travers le temps. Dans la section 4, nous montrons que l'approche non-singulariste doit traiter les noms de mélange comme des prédicats collectifs temporaires. Enfin, nous montrons comment l’apport de la chimie change notre perspective sur ces questions. Mots clés : noms massifs, sémantique, matière, mélanges, chimie

Summary : In this paper, we consider various conceptions of what matter is, taking into account the particular case of mixtures. Portions of matter are typically referred to by mass nouns. So we present the two main accounts of their semantics and how this constrains what can be thought about the ontology of matter and mixtures. The singularist approach treats mass nouns as singular terms referring to mereological sums (Link 1983). The non-singularist approach is based on the idea that mass nouns have the ability to refer to several things at once (Nicolas 2008). In section 3, we examine Barnett’s (2004) reasons for arguing that mereological sums are inadequate to capture our intuitions concerning the identity of portions of mixtures over time. In section 4, we show that the non-singularist must treat nouns of mixtures as collective, temporary predicates. Then we take chemistry into account and explain how it changes our perspective on these issues. key words : mass nouns, semantics, matter, mixtures, chemistry

Isabel NEGRO ALOUSQUE, Le détournement des expressions idiomatiques dans la presse et la publicité françaises

Résumé : Les expressions idiomatiques (ou idiomatismes) sont des locutions marquées par leur caractère figé et non- compositionnel. Même si le figement est un trait constitutif des unités phraséologiques, les expressions idiomatiques font l’objet de manipulations linguistiques destinées à frapper le lecteur. Plusieurs travaux de recherche (Zuluaga 1999, Schapira 1999, González-Rey 2002, García-Page 2002, Perrin 2013) se sont penchés sur la question du détournement (aussi nommé défigement, désautomatisation ou délexicalisation) des unités figées et ont proposé plusieurs formes de détournement (phonologique, lexical et syntaxique) tout en soulignant que la présence de la variation rappelle la forme figée. Cette étude, basée sur un échantillon de titres de presse et de publicités françaises, vise à montrer l’importance de la variation idiomatique en tant que procédé rhétorique dans la presse et la publicité. Mots-clés: expression idiomatique, variation, détournement, métaphore, métonymie.

Abstract : Idioms are multi-word units that are structurally fixed and semantically opaque. Although fixedness is a definitory feature of phraseological units, idioms are subject to variation meant to call reader attention. Recent studies (Zuluaga 1999, Schapira 1999, González-Rey 2002, García-Page 2002, Perrin 2013) have discussed the issue of idiomatic variation and have suggested different types (phonological, lexical and syntactic), highlighting that the modification makes the presence of the canonical idiom more strongly felt. The present contribution, based on a small corpus of French headlines and adverts, seeks to show the relevance of idiomatic variation as a communicative strategy in the press and advertising. Key words: idiom, variability, variation, metaphor, metonymy.